Réalisation : Don Siegel

Année : 1964

Genre : Suspense / Thriller

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L'histoire : Charlie Strom et Lee, deux tueurs à gages, recherchent et tuent Johnny North, caché dans un institut pour non-voyants. Surpris par l'attitude de leur victime, pas effrayé par la perspective de mourir, les deux tueurs cherchent à en savoir davantage.

La Critique De Titi70 :

Ce n'est pas la première fois que Don Siegel se voit proposé d'adapter la nouvelle d'Ernest Hemingway, Les Tueurs (The Killers sous son titre original). Mais, en 1946, considérant qu'il manque d'experience, Il préfère décliner la proposition, laissant ainsi sa place à Robert Siodmak qui signa ainsi la première adaptation de la nouvelle, permettant à Burt Lancaster et Ava Gardner d'acceder au rang de stars.

18 ans plus tard, Don Siegel est devenu un cinéaste confirmé et respecté. C'est alors que des producteurs lui proposent de signer la troisième version des Tueurs. Le cinéaste passe donc après Robert Siodmak, mais aussi Andrei Tarkovsky qui avait fait de la nouvelle son court métrage de fin d'étude en 1958.

Don Siegel accepte à condition de pouvoir s'éloigner au maximum des versions de ses confrères et livrer ainsi sa propre version de l'histoire.

A l'origine, A Bout Portant est pensé et réalisé pour la télévision, d'ou un aspect téléfilm assez prononcé. Mais, au vue du résultat jugé trop violent, les responsables annulent la diffusion. Pour autant, si l'oeuvre ne peut être diffusé à une heure de grande écoute, le nom de réalisateur est suffisamment reconnu pour que cette version puisse trouver son public en salles, ce qui sera finalement le cas.

Dans les rôles principaux, on trouve Lee Marvin, Clu Galager, John Cassavetes, Angie Dickinson et Ronald Reagan. Une belle brochettes d'acteurs de talents que le réalisateur eut malgré tout du mal à convaincre, en particulier le premier et le dernier de cette liste.

Lee Marvin apprécia d'abord assez peu de devoir partager l'affiche avec un jeune comédien, tandis que Ronald Regan ne fut guère enthousiaste à l'idée de jouer un méchant. Mais, Don Siegel parvient à les convaincre, notamment par la ruse pour le second.

Ce sera malgré tout une des dernières apparitions du futur président dans une oeuvre de fiction. L'histoire d'A Bout Portant tourne autour d'un duo de tueurs, Charlie Storm et Lee, et commence au moment ou il se rendent dans un école pour aveugles. Les deux hommes recherchent un certain Johnny North, qu'ils finiront par trouver et abattront de sang froid.

C'est la première séquence de l'oeuvre et elle à le mérite de poser clairement les choses de manières particulièrement brutale. L'histoire aurait pu s'arreter la, les 2 tueurs ayant achevé leur contrat. Mais, durant le voyage de retour, Charlie se pose des questions concernant l'attitude de sa victime durant l'éxécution, en particulier le fait qu'il n'ait pas tenté de fuir, comme si Johnny North savait ce qui l'attendait et y était préparé.

Les tueurs décident de mener une petite enquête afin d'en savoir un peu plus. C'est ainsi qu'on découvre, en même temps qu'eux, l'histoire de Johnny North, pilote de course automobile reconnu dont l'existence va basculer lors de sa rencontre avec une troublante créature nommé Sheila Farr, dont il tombe immédiatement amoureux, sans se douter que la belle a ses petits secrets, dont un certain Jack Browning, mafieux de son état, fait partie.

A travers ce scénario, on remonte progressivement la fil d'une véritable machination ou plusieurs versions de l'histoires se mélangent et s'ajoutent a mesure que les tueurs interrogent les témoins.

Avec les années, certains critiques verront dans la relation entre les personnages incarné par Lee Marvin et Clu Galager le fonctionnement d'un couple homosexuel. Or, il est évident qu'il s'agit plus d'une sorte de transmission père/fils, Charlie Storm ayant prit son jeune camarade sous son aile pour lui apprendre les ficelles du métier, avant de se retirer définitivement lorsque Lee serait prêt à prendre la suite. Le tueur l'explique d'ailleurs à demi mot lors de la scène ou ils sont ensemble dans le train, exprimant face à son camarade une certaine lassitude.

De son coté, John Cassavetes, qui avait accepté de jouer dans A Bout Portant pour pouvoir financer par la suite ses propres oeuvres de cinéaste, joue ici un personnage finalement assez candide et naïf, car, incapable de résister aux femmes en général, et à Sheila Farr en particulier.

Angie Dickinson incarne donc ce personnage dont on ignore jusqu'au bout si elle une ingénue victime de la situation et véritablement amoureuse de Johnny North ou une manipulatrice qui tient le pilote automobile sous sa coupe.

Enfin, Ronald Regan joue un redoutable mafieux, appréciant peu Johnny North, ce dernier lui ayant volé sa partenaire, mais, qui va devoir se résoudre à travailler avec lui lors du vol d'un fourgon contenant beaucoup d'argent.

A Bout Portant est une véritable réussite, porté par un excellent casting et un sens de la mise en scène qui, malgré les contraintes d'un budget réduit, n'a rien perdu de sa force.

On retrouve également, à travers cette oeuvre, un certain esprit propre aux années 60, ou l'Amérique ne croit plus à ses symboles, et dont l'assassinat de J.F.K, survenu durant le tournage d'A Bout Portant, représente l'apogée.

Bref, sous ses atours de téléfilm, cette version de la nouvelle d'Ernest Hemingway signé Don Siegel rèste une oeuvre essentielle à découvrir vivement.